Une bonne histoire pour Halloween: les incendies (wild fires) de San Diego…
Mercredi 17 octobre:
3 jours que Theo se lève à 6h du mat pour aller à l’école. Ce matin je me dis que mon fils est décidemment incroyable. Il est heureux, joue, regarde ses nouveaux petits amis, apprécie ses maitresses… le pied quoi ! Mais à midi elles me disent qu’il a du mal à dormir, peu habitué au bruit de la classe… Pas grave, il dormira bien ce soir… Ce soir d’ailleurs ce sont les 8 mois de Theo et nous fêtons ca autour d’un bon diner à la maison. Sandro et moi repensons émus a la fin de ma grossesse, à sa naissance et au chemin parcouru depuis. Beaucoup d’eau a coule sous les ponts !
23H : nous sommes sur le point d’aller nous coucher quand Theo se réveille en hurlant ! Pour la faire courte, il est paniqué à l’idée qu’on le quitte et lutte tout bonnement pour ne pas dormir. Malgré nos efforts, il reste solidement accroché à nous et nous passons une nuit blanche… Pas si loin que ca les débuts finalement !
Jeudi 18 et vendredi 19 :
L’école se passe bien mais Theo refuse toujours de dormir et avec la fatigue tout devient une lutte y compris pour les repas alors qu’il mange toujours tout habituellement… Je finis par me demander s’il n’est pas un peu malade et nous hésitons à l’emmener chez le médecin quand il recrache l’un de ses repas et commence une petite diarrhée…Nous sommes tous épuises et a bout de nerfs.
Samedi 20 :
Theo semble aller mieux et nous profitons de ma nouvelle carte de crédit pour faire les magasins. La journée se termine par une partie de jeux vidéo puisque nous avons enfin acheté notre console tant attendue depuis des mois… Théo dort profondément épuisé par sa semaine et probablement soulagé de ne pas être allé à l’école aujourd’hui. Ses parents ne l’ont donc pas abandonné…
Dimanche 21 :
2h du mat : si Theo dort il a bien de la chance car pour moi les choses vont mal ! Je suis malade comme une bête et commence à calculer comment arriver jusqu’aux toilettes sans encombres… Je réalise que la petite diarrhée de Theo était probablement une gastro ramenée de l’école qu’il a du s’empresser de me refiler !
7h : je suis épuisée, totalement vidée, mon corps est sans force et le seul contact des draps sur ma peau est douloureux… C’est surement la gastro la plus terrible que je n’ai jamais eue ! Méchant le virus américain… Sandro assure le petit déjeuner de Théo et je reste au fond du lit. Il essaie ensuite de faire venir un médecin car je suis totalement incapable de me déplacer. Mais système de santé américain oblige, le centre que nous contactons refuse de traiter ma demande car je ne suis pas une cliente régulière ! Mais je ne le suis pour personne p… ! Il finit par aller à la pharmacie ou on lui conseille de me soigner au getorade ! Sandro insiste sentant bien que je vais le recevoir correctement s’il ne revient pas un peu mieux équipé et on lui donne alors une boite d’imodium si célèbre dans notre couple (une vieille histoire au Mexique pour ceux qui la connaisse…). Bref, je prends tout, me force à manger un peu et reste au lit toute la journée à dormir pendant que Sandro s’occupe de Theo
Le soir, je me réveille pour manger un peu et Sandro me montre les infos. Il y a le feu à Julian. Nous n’aurions même pas relevé l’information si nous n’étions pas allés la bas 2 semaines plus tôt pour la fête de la pomme. C’est un petit village mignon très loin dans l’arrière pays et nous avions profité de ma nouvelle voiture pour parcourir de magnifiques paysages alternant entre désert et champs totalement asséchés.
Nous sommes tristes de savoir que tout crame là-bas puis nous passons à autre chose. Demain, je ne conduirai pas Theo à l’école, je suis trop fatiguée. Il est 9h du soir… je m’endors à nouveau toujours épuisée, tant pis pour desperate housewifes… La semaine a été rude, tout ira mieux demain…
Lundi 22 :
6h du mat : le téléphone sonne. Je n’ai pas le temps de comprendre ce qui se passe que je vois Sandro débouler de la salle de bain plein de mousse à raser pour décrocher. Je maudis déjà celui qui nous appelle a cette heure la et m’étire dans le lit en me rappelant que je suis toujours aussi malade que la veille. Sandro ne dis rien a son interlocuteur, mais qui est-ce bon sang !
Il raccroche et avec un air grave me dis « on doit évacuer, il y a le feu pas loin ». Aussitôt la connexion se fait avec Julian dans nos tètes. Sandro me dit qu’il s’agit d’un message automatique du 911 qui demande a toute personne habitant entre l’autoroute 56 au sud, la 78 au nord et a l’est de la 15 d’évacuer sans délais. Il allume la télé et repart dans la salle de bain retirer la mousse sur son visage.
Je ne sais plus trop dans quel ordre les choses se passent ensuite…
Je bondis du lit et pendant que je cherche à m’habiller j’entends le maire de la ville refaire l’explication. Mais il ne parle pas de la 15, il dit « tous ceux a l’est de la 5 » ! Sandro pense que je me trompe mais le maire répète et c’est bien la 5… C’est énorme ! C’est quasiment tout le monde ! C’est impossible, on doit mal comprendre… Sandro ne veut pas y croire mais vu la gueule sérieuse de toute la ribambelle de mecs a la télé moi j’y crois et accélère le mouvement pour m’habiller.
Mon cerveau fonctionne a 300 a l’heure : s’habiller pratique, les baskets s’est bien si on doit courir, ils disent de prendre les papiers importants comme les assurances, partir très vite ensuite, « tout le monde ne sera pas appelé a temps, n’attendez pas » ! Putain, et nous on a déjà reçu le coup de fil… On est aux portes de la ville… On sera touché avant tous les autres ! J’accélère. Je fais un truc, sais déjà quels seront les deux suivants et réfléchis au 3eme… Mon cerveau va trop vite pour mon corps. Mais pas question de me sentir mal, pas le droit d’avoir la tète qui tourne ! Je transpire tout ce que je peux mais je continue… En m’habillant je vois ma trousse a bijoux. Tout est déjà prêt dans la trousse… Le rapport temps de préparation importance me semble bon. Je prends ! Je vais fonctionner comme ca pour tout : rapidité versus survie et parfois rapidité versus souvenir… Sandro pourrait faire plus vite mais est convaincu que ce n’est pas possible tellement la zone à évacuer est énorme. Pas le temps de le convaincre, je lui dis « dans le doute on dégage !» et continue de mon coté.
Les questions se bousculent dans ma tète… Ou allons nous partir ? Pour combien de temps ? Ils parlent du stade au sud comme point d’accueil… Ca va certainement durer. Je me rappelle de katrina… Il faut au moins pouvoir tenir 2 ou 3 jours sans aide, ca peut être long !
« Je m’occupe des affaires de Théo et toi des papiers ! » Il ne faut pas oublier tous nos docs pour les visas, les passeports… Je prends nos deux disques durs externes en arrachant les fils… Sandro chope le chat et le met dans son box prêt pour le départ… Je récupère toute la flotte qui traine, le lait et les petits pots de Théo… Les bib ! J’allais oublier les bib ! Tiens, du pain tranché traine sur le comptoir de la cuisine, je prends ! ca pourra toujours nous aider à tenir le coup quelques jours sandro et moi. Je prends de la bouffe pour le chat mais rien d’autre on se débrouillera comme ca pour lui… Sandro envisage d’aller à HP qui n’est pas très loin de l’autre coté de la 15. « Mais c’est jusqu'à la 5 qu’ils évacuent !!!! » Il ne veut rien savoir. Là-bas nous aurons de quoi boire et on nous indiquera surement quoi faire… ok, je continue… Sandro est parti charger la voiture au fur et a mesure…
Je chope deux chemises pour nous et nos brosses a dents que j’imagine salutaires dans un centre de refugiés après plusieurs jours de crasse… Théo est la priorité, je prends de quoi le laver, un pyjama pour l’aider à s’endormir n’ importe où… Mon portable pourra toujours être utile, je le chargerai dans la voiture…
Combien de temps il nous reste la ????
Les couches sont dans la voiture déjà, je les ai laissées la depuis la semaine dernière, j’avais pensé que ca pourrait être pratique ! Plutôt visionnaire… Il y a aussi la poussette, Théo pourra toujours dormir dedans… je me charge mais si on doit abandonner la voiture ???? Inutile de penser à ca, chaque chose en son temps, mon cerveau va trop vite !
Soudain je vois à la tv une reporter dans la rue des bureaux d’HP et… il neige !!! Ah non ce sont des cendres… les voitures sont pare-chocs contre pare-chocs et tout le monde fuit. Le feu n’est pas loin, juste au nord à quelques miles de nous peut-être… Quand Sandro revient il me dit que personne ne bouge là-haut donc on peut attendre un peu… Moi je lui montre les images de west bernardo drive. « Rien à foutre des autres, nous on part et on ne va pas à HP ! »
Le téléphone sonne encore une fois… Stress ! Je décroche et j’entends le message du 911 : « partir », « urgent »… putain on l’a reçu 2 fois alors qu’ils ne pourraient pas prévenir tout le monde a temps ??? On est à la bourre ! On a pris l’essentiel, il n’y a plus qu’à réveiller Théo… Faire vite mais ne pas le faire flipper ! Sandro change sa couche pendant que je rafle tout ce qui traine dans sa chambre, sa trousse de toilette, du doliprane au cas où, les médecins ne seront pas dispo facilement si besoin… sa gigoteuse, sa teuteu…
Entre parenthèses, allez savoir pourquoi, je n’ai pas jugé utile/pratique de prendre son lit de voyage alors qu’il était déjà emballé ! J’ai du mettre ca sur le compte du volume du lit… Mystères du cerveau en période de stress intense… par contre Sandro va se foutre de ma gueule bien plus tard quand il découvrira que j’ai pris un sac entier avec des dragées et autres trucs sans importance ! Il est clair que je n’y aurais jamais pensé si je n’avais pas eu le nez dessus en m’habillant et le rapport rapidité/ souvenir était bon alors… et puis on aurait pu manger les dragées si besoin !
Bref, Sandro monte le petit dans la voiture. J’éteins les lumières et parcours l’appartement du regard une dernière fois. Je me demande quand nous reviendrons… Et si on ne revenait pas ici et que tout brule ? Pas grave on a l’essentiel, la vie sera plus compliquée mais tant pis…
Je suis sur le point de monter dans la voiture quand mon portable sonne. Sue, la femme de Myles, le boss de sandro veut savoir si on est au courant. En 2 minutes elle me dit de nous calmer et de débarquer chez eux en passant par les petites routes. Impossible ca à l’air bouché par là-bas d’après la tv et le feu n’est pas loin. On prendra une autre route mais on la rappelle pour la tenir au courant… On part, on fuit pour être plus exacte, on laisse tout derrière nous, en bordel, l’autre voiture mal garée, mais on s’en fout !
Premières secondes dans la voiture, Sandro conduit, je souffle et découvre le paysage qui nous entoure :
Au bout de la rue, la station essence est bondée, les gens font la queue avant de partir. Un coup d’œil rapide au tableau de bord… nous avons heureusement la moitie du plein, on fonce, inutile de s’éterniser ici… La 15 est fermée vers le nord, tu m’étonnes ! On part vers le sud puis on tourne vers l’ouest en prenant la 56 mais on est un peu inquiets car nous sommes les seuls à tourner… Très vite nous comprenons car nous tombons sur un gigantesque embouteillage. Les autres devaient le savoir en écoutant la radio. Du coup on l’allume pour avoir des infos et on avance dans l’embouteillage…
Pendant que le poste de radio énumère les bons conseils de sécurité je regarde les autres autour de nous… Des voitures bondées avec toute la famille, le chien, des affaires en vrac… Un air de départ en vacances sans la destination de rêve au bout… et puis ce n’est pas vraiment la joie sur les visages… certains sont équipés, ils ont déjà les masques ! Un type assez jeune a chargé sa voiture avec des cd et son tas de linge sale… certainement toute sa richesse ! Un peu plus loin une voiture dont le radiateur a lâché est déjà a l’abandon… tout le monde fuit sans se retourner…
Apres avoir répété je ne sais combien de fois que les gens ne devaient pas aller travailler « This is not business as usual boss ! », l’animateur radio se lance dans une tirade ou seuls manquent les violons… « Nous vivons un moment historique »… bla bla bla. Sandro et moi rions face a ce discours tout droit sorti d’un film typiquement américain, mais le stress n’est pas loin… Bobbie, la vendeuse de notre maison nous appelle. Un arbre est tombe dans le jardin cette nuit mais tout va bien. Elle a reçu un « reverse 911 » lui disant de se préparer mais pas de partir. Elle nous propose gentiment de venir chez elle si besoin, même si il n’y a plus de lit… J’appelle Sue qui habite le même quartier… elle me confirme qu’elle n’est pour l’instant pas évacuée, nous pouvons venir habiter chez elle… Un énorme nuage noir surplombe nos tètes et s’étend dans le ciel en direction du nord, vers la maison de Myles et Sue. Le sud a l’air un peu plus dégagé en direction du stade. Les images du stade de New Orleans sont dans nos têtes… Et puis de toute façon il est à ciel ouvert, ils devront certainement bouger avant la nuit… Vers ou aller ? Un drôle de sentiment… Le choix que nous allons faire est important…
Apres plusieurs minutes nous décidons de faire confiance à Sue et de tourner vers le nord en direction du nuage noir. Nous ferons demi-tour si les choses s’aggravent sur la route. Nous quittons l’autoroute et je guide Sandro avec la carte installée dans la voiture quelques jours auparavant ! Nous sommes désormais quasiment seuls sur la route… Nous traversons des quartiers résidentiels plonges dans l’obscurité, totalement abandonnes. C’est glauque alors que tout était si beau il y a 2 semaines quand j’étais venue visiter une école… Des arbres sont tombes sur la route, les panneaux et lampadaires aussi… Nous sommes dans un film d’horreur en noir et blanc, la tension monte… Quelques heures plus tard, le feu passera par la mais nous l’ignorons encore… Nous arrivons face à une vallée encore plus noire à traverser. Nous faisons à nouveau le point. Y aller ou pas ? Sentiment de responsabilité vis-à-vis de nous mais aussi de Theo… Même verdict : on y va et si ca merde, on fait demi-tour… Au fur et à mesure que l’on avance dans la vallee, le ciel devient orange, je n’ai jamais vu le soleil comme ca…
De l’autre cote de la vallee le ciel est enfin plus clair. On roule encore… On finit par arriver dans notre quartier, on passe devant notre maison ou effectivement un arbre est tombe mais le toit n’a visiblement pas été touche…. Les rues sont désertes… chaque maison est décorée pour halloween mais aujourd’hui cela semble complètement décalé…
Nous arrivons chez Myles et Sue. Sandro rentre Théo rapidement dans la maison pendant que je prends le minimum nécessaire à savoir le sac à langer et le chat. Il faudra peut-être repartir rapidement… L’air est charge, nous ne le sentions pas dans la voiture. La porte de la maison se referme, il n’y a plus qu’à attendre…
On est lundi, il est 9h du matin, la semaine de repos que j’attendais tant vient de commencer…
Dans le salon, l’écran géant diffuse le JT local qui bien sûr fait le point sur les feux. Il restera allume pendant près de 48h alternant entre FOX, NBC et CNN… Notre seule source d’information… Les reportages sont plus effarants les uns que les autres, tantôt le feu ressemble e a de la lave en fusion, tantôt il se dresse comme un mur. Les maisons brulent et les pompiers semblent impuissants face au vent qui rend même le périmètre du feu difficile à juger. Premiers coups de fils en France pour prévenir avant le JT de 20H… Puis un a un, tous les gens que nous connaissons ici nous appellent pour vérifier que nous allons bien. Plutôt cool…
Sandro et Myles font semblant de bosser mais très vite je réalise que l’un comme l’autre surveille ce qui se passe sur internet… Theo rythme ma journée et d’une certaine façon il est ma bouée de sauvetage pour ne pas stresser. Je dois jouer, le faire manger, le coucher pour ses siestes comme si de rien n’était. Il dort par terre entoure de coussins, voit ses parents stresses, il y a la télé… Qu’est-ce qu’il comprend de tout cela ?
Aujourd’hui Sandro devait passer son permis californien, récupérer sa nouvelle voiture, rendre la voiture de location, il y avait la dernière visite pour notre maison et j’en passe… Rien de tout cela n’aura lieu. Sandro et moi ne pouvons pas nous empêcher de nous demander ce qu’on fout la ! J’avais prévu d’ici quelques semaines de préparer notre « plan familial de sécurité » en cas de tremblement de terre. Je ne pensais pas devoir en faire un pour le feu et surtout en avoir besoin aussi vite après notre arrivée! Nous avons vraiment le sentiment d’être dans un film d’action/suspens et, quand nous voyons Schwarzenegger parler à la télé à la mi-journée, nous rions en apprenant qu’il est ici appelé le « governator » !
San Diego a déjà vécu des feux moins importants en 2003. Mal gérés, les autorités en ont tirées les leçons et ce coup-ci les choses semblent bien se passer. Le reverse 911 à super bien fonctionné, les pompiers sont aides, la population est tellement rapide a faire des dons aux centres de refugiés qu’a la fin de la journée ils n’ont plus besoin de rien ! Le stade est surveillé de près par la télévision qui guette le moindre dérapage…
Vers 15h la tension monte a nouveau dans la maison, le feu se rapproche, le ciel s’est assombrit dehors… La zone est passée en évacuation volontaire. Qu’est-ce que ca veut dire putain ! Soit tu dégages soit tu restes… Sue voudrait partir, Myles préfère attendre 30 minutes de plus. Ils prévoient de partir chez la mère de Myles au sud de Los Angeles. Ils nous donnent l’adresse et les numéros au cas où on se perd sur la route… Sue téléphone a tous ses voisins un a un pour savoir s’ils bougent… A chaque fois que son téléphone sonne elle pousse un cri qui témoigne de son stress… Theo dort dans la pièce a coté, il faudra le réveiller rapidement si besoin, le chat est déjà dans la cage prêt a partir…
Finalement le feu ne semble pas arriver jusqu'à nous mais l’air est irrespirable dehors. Sue est sortie récupérer son chat tout a l’heure et maintenant son nez lui brule… La nuit finit par tomber… Apres le repas Myles veut faire un tour dehors en voiture pour « aller voir ». Sandro refuse de l’accompagner et je l’en remercie intérieurement. On se connait trop bien pour s’infliger un stress supplémentaire. Restons groupés ! Je sors dans la rue avec Sue et avec la nuit le feu sur la colline est très visible. Mon appareil photo lui ne prend que les cendres qui tombent.
Sue me propose elle aussi de faire un tour et je décline… Elle part avec son fils. Quand Myles rentre il ne dit rien mais nous voyons bien qu’il n’est pas rassuré de la savoir dehors, surtout qu’elle est partie sans son portable. Les minutes sont longues mais elle finit par rentrer…
Myles propose que nous fassions des quarts devant la télé pour surveiller l’avancement du feu mais Sue pense que c’est inutile, nous serons prévenus… Je vais donc me coucher a contrecœur et ne trouve pas le sommeil malgré la fatigue. Je guette les bruits de la rue, prête à bondir si j’entends un voisin partir. Nous n’avons pas de pyjamas et gardons nous sous-vêtements pour partir plus vite, le peu d’affaires que nous avons sorties de la voiture étant déjà rassemblées… Je sens un drôle de gout sur mes lèvres, l’air de la maison ne doit plus être bon depuis le temps mais nous ne nous en rendons pas compte… Il vaudrait mieux partir demain ne serait-ce que pour ca… Il n’est pas encore minuit, la nuit est longue !!! Peurs enfantines qui font leur retour ou abus de films a épouvante ? Il me tarde de voir le jour…
Mardi 23 :
5h du mat : Je suis réveillée, je finis par sortir de la chambre et inspecte l’horizon depuis la fenêtre du salon. Rien d’inquiétant en vue.
8H : coup de fil un peu affolé des parents qui ont compris l’étendu du désastre. Je les rassure, on se rappellera régulièrement… mais attention pas trop longtemps pour la batterie…
Dans la rue, une epaisse couche de cendres a tout recouvert…
La journée se passe, comme la veille… NBC, CNN, FOX… les gens pleurent…
En fin de journée notre société de reloc nous propose d’aller à l’hôtel dans une zone sécurisée plus au nord. Nous acceptons et remercions Myles et Sue pour leur accueil. Ma voiture toute neuve pue!!! C'est l'enfer et je ne suis pas certaine que ca parte… Quelques achats de premières nécessité (fringues, bouffe…) et nous prenons notre chambre. Tous les hôtels sont complets… dans le notre les animaux ne sont en principe pas acceptés, nous montons Vyns en douce, couchons Theo et éteignons les lumières pour qu’il dorme. Nous finissons pas en faire autant. Premiers instants de repos, plus de télé, un vrai sentiment de sécurité… Le pied !
Mercredi 24 :
Réveil en fanfare de Theo a 6h, on allume la télé pour voir l’avancée des feux… Terrible ! Il y a maintenant pres d'un million de personnes qui ont ete evacuees… Le plus grand mouvement de population des Etats-unis depuis les guerres civiles… Et nous on y est putain! Il avait raison finalement le mec a la radio… "Un moment historique" il disait!
Mais aujourd’hui nous sommes loin et nous pouvons nous occuper de rattraper le retard pour l’achat de la maison. Cela va être compliqué : la banque qui nous prête l’argent est fermée, celle qui doit faire le virement de notre apport initial aussi, aucune compagnie d’assurance ne veut commencer de nouveau contrat pour l’instant ! La vente va être reportée… Nous n’avons toujours pas l’autorisation de rentrer chez nous mais nous avons la quasi-certitude que notre appart n’a pas brulé…
Les rapports avec les gens ont changés. Maintenant tu ne commences plus une conversation sans demander si l’autre a été évacué et comment va sa maison. Question de décence… Apres seulement tu parles business… Les gens sont marqués au fer rouge alors que les feux ne sont même pas encore éteints. De toute façon les autorités disent que cela va prendre des semaines avant qu’ils le soient… Idem pour la pollution de l'air…
Jeudi 25 :
L’école de Theo a réouvert. On l’y dépose. Un processus spécial est mis en place pour nous prévenir en cas d’évacuation…
Nous avons peut-être l’autorisation de passer chez nous mais ils ne peuvent pas nous le dire par téléphone. Il faut tenter sa chance rue par rue… On y va, on passe, on est chez nous ! Bizarre de revenir dans cet appart. En guise de bonne odeur accueillante nous trouvons les couches de Théo et les poubelles mais pas tellement la fumée… Nous préparons tout pour que Theo puisse revenir ce soir. Nous repartons régler plusieurs affaires de papiers, passons prendre Theo a l’école qui fait l’air de rien sa première journée entière a l’école. Tout va bien mais comme la semaine précédente il n’a pas trop dormi. Ca viendra avec le temps…
Nous rentrons le soir, process routinier qui reprend sa place pour le plus grand plaisir de Theo : bain, soins, massages, bib et dodo…
On se prend un verre d’alcool bien mérité en s’effondrant dans le canapé… Dire que la semaine dernière il nous tardait de dégager de cet appart pour être enfin dans nos affaires après des mois de camping ! Ce soir on est tellement contents d’être la… Comme quoi, tout est relatif…
De mon coté, la même impression de fatigue qu’un lendemain de cuite difficile… Pour Sandro, c’est plutôt comme le décalage horaire après une traversée atlantique en avion…
21h30 : deux petits vieux vont se coucher, cassés mais contents de la vie… Vivement le week-end ! J

















